La baguette magique de Tamara


Une histoire originale de Nora Vouteau.


  Pour les 6 ans de Tamara, Tante Sophie a offert à sa niÚce un bien étrange cadeau: une baguette magique.

Pas une baguette magique comme celle des fĂ©es dans les histoires enchantĂ©es et avec lesquelles il est possible de faire des tours en disant ‘Abracadabra’!

Non, ce que Tamara a dĂ©couvert avec stupeur en ouvrant son paquet, c’est une longue, fine, dorĂ©e et appĂ©tissante baguette 
 de pain!

- Mais! Tamara est éberluée.

- Tiens! fait maman, qui essaie de dissimuler sa surprise, surtout en voyant la mine dĂ©confite de Tamara. «On dirait que Tante Sophie s’est encore trompĂ©e !»

  Maman prend la carte qui accompagne le cadeau et lit:

«Pour ma petite niĂšce chĂ©rie, je n’avais plus de baguette de fĂ©e, j’espĂšre que tu ne seras pas trop déçue, j’ai pensĂ© qu’une baguette de pain magique elle aussi te ferait plaisir. Je sais que tu en feras bon usage. Tante Sophie»

- Ce n’est pas une baguette comme les autres, elle est magique! Tu vois, ta tante ne s’est pas moquĂ©e de toi! dit maman.

- Alors, je peux faire de vrais tours de magie avec! Voyons voir! Tamara saisit la baguette de pain et la manipule comme si c’était une vraie baguette magique.

- Abracadabra! Transforme l’eau dans ce verre en jus d’orange!

Mais rien ne se passe.

- Maman, ça ne marche pas! Cette baguette est aussi magique qu’un pet de moineau.

- Essaie autre chose!

  AprĂšs bien d’autres tentatives, rien Ă  faire, la baguette de pain ressemble de plus en plus Ă  une baguette de pain pas magique du tout. Tamara, dĂ©pitĂ©e et vexĂ©e, s’en va bouder dans sa chambre.

Maman range la baguette à sa place, dans la huche à pain. La journée passe.


  Le soir au dßner, maman pose la baguette sur la table.

- Miam, il est dĂ©licieux ce pain, oĂč l’as tu achetĂ©? demande papa.

- Eh bien, il ne vient pas de la boulangerie, en fait, c’est le cadeau que Tante Sophie a fait à Tamara.

- Quelle idĂ©e! Offrir une baguette de pain Ă  une fillette de 6 ans dit papa. Il jette un coup d’Ɠil complice Ă  Tamara qui boude encore un peu et Ă©clate d’un rire tonitruant. Il rit, il rit, il rit tellement et de si bon cƓur que maman se met Ă  rire elle aussi et leur rire finit par gagner Tamara et finalement, tout le monde rit aux larmes.

- J’ai toujours trouvĂ© ta sƓur un peu excentrique dit papa quand il arrive enfin Ă  reprendre son sĂ©rieux. Mais lĂ , vraiment, elle a fait mieux que les autres fois.

Tamara n’est plus fĂąchĂ©e du tout.

- En tout, cas il est trĂšs bon, ajoute-t-il.

- Oui dit Tamara qui n’a jamais mangĂ© autant de pain en un repas.

- Il faut croire que oui renchĂ©rit maman, regardez, il n’en reste presque plus. Dommage, il Ă©tait vraiment succulent.

  Le lendemain matin, lorsque papa arrive dans la cuisine pour allumer la machine Ă  cafĂ©, il s’aperçoit avec surprise qu’à la place du petit morceau de pain qui restait hier aprĂšs dĂźner, se trouve une baguette fraĂźche, encore chaude, dorĂ©e et croustillante Ă  souhait!

- Ça alors! Il n’en croit pas ses yeux!

A ce moment, Tamara arrive.

- C’est toi qui est parti nous acheter du pain papa ?

- Mais non, justement! J’ignore comment cette baguette est arrivĂ©e ici!

- On dirait la baguette que j’ai eue pour mon anniversaire s’exclame Tamara.

- Impossible, on l’a presque toute mangĂ©e. Non, je crois que c’est maman qui a dĂ» aller la chercher Ă  la boulangerie tĂŽt ce matin.

- C’est exactement la mĂȘme, je t’assure papa.

Papa jette un coup d’Ɠil Ă  l’horloge murale qui affiche 7 heures Ă  peine. Il n’est pas tout Ă  fait sĂ»r que ce soit maman qui ait rapportĂ© le pain finalement.

D’ailleurs, Ă  l’expression stupĂ©faite sur son visage quand elle arrive Ă  son tour dans la cuisine, il comprend que la prĂ©sence de cette baguette a vraiment quelque chose de mystĂ©rieux et peut-ĂȘtre de 


- Magique! C’est une baguette magique! De pain magique! s’exclame Tamara.

Alors toute la famille comprend que cette baguette est comme une bouteille qui ne se vide jamais. Et c’est en cela qu’elle est magique.

- Ça alors dit papa.

- C’est incroyable n’est- ce pas? dit maman, pensive.

- Mais pourquoi Tante Sophie m’a offert un cadeau pareil se demande Tamara.


  Quelques jours passent et la famille rĂ©alise que la baguette magique se renouvelle chaque jour si bien qu’ils n’ont plus besoin d’acheter du pain Ă  la boulangerie! D’ailleurs, la boulangĂšre, elle n’est pas trĂšs contente.

- Il n’est plus bon mon pain? demande-t-elle un jour à papa qui est venu acheter des croissants avec Tamara sans prendre une baguette tradition, comme d’habitude.

Surpris, papa dit :

- Euh, non, bien sĂ»r, c’est que


- On a une baguette magique Ă  la maison lance Tamara, exprĂšs pour embĂȘter la boulangĂšre.

- Tais toi donc dit papa. Elle raconte n’importe quoi dit- il d’un air embarrassĂ© Ă  la boulangĂšre. Mais Tamara insiste parce qu’elle aime bien parler aux grandes personnes, surtout quand elle dit la vĂ©ritĂ©.

- Si, c’est vrai, une baguette de pain magique qui revient tous les jours c’est pour ça qu’on en n’achùte plus!

- Qu’est- ce qu’elle raconte votre petite? La boulangùre observe le papa de Tamara avec un air suspicieux. Une baguette de pain magique? Qu’est ce que ça veut dire?

Papa se lance alors dans des explications mais rien à faire, la boulangùre est convaincue qu’il va lui faire de la concurrence.

Le soir mĂȘme, tout le monde raconte que les parents de Tamara vont ouvrir une boulangerie avec une baguette magique et qu’ils vont mettre toutes les boulangeries du quartier sur la paille.

Papa est furieux contre la boulangĂšre mais aussi contre Tamara!

- Tu ne pouvais pas te taire! lui rĂ©pĂšte-t-il toutes les 5 minutes. On est dans le pĂ©trin, lĂ , c’est sĂ»r.


  Tamara est trĂšs embĂȘtĂ©e. Bien entendu, elle ne voulait pas que son papa ait des ennuis! Il faut l’aider.

- A partir de demain, on recommence Ă  acheter du pain dit maman. Ca calmera la boulangĂšre et ces rumeurs stupides s’arrĂȘteront toutes seules.

- Oui mais moi je préfÚre notre baguette, proteste Tamara.

- Nous aussi, dit maman.

Maman a raison. Au bout d’une semaine, les rumeurs se calme et tout lemonde a oubliĂ© cette histoire de baguette magique.

Mais chez tamara, les baguettes de la boulangùre s’accumulent et ses parents ne savent plus que faire de tout ce pain.

- Il faut prendre une décision dit papa.

- Mais laquelle? demande maman. Je ne sais plus que faire de toutes ces baguettes. Et si on arrĂȘte d’en acheter, la boulangĂšre va recommencer Ă  nous montrer du doigt, on va se faire dĂ©tester par tous les petits commerçants du bourg, ça va ĂȘtre l’horreur.

- De toute façon, j’ai toujours trouvĂ© que son pain n’était pas terrible dit papa.

- Ah oui? Ca fait 5 ans qu’on va le prendre chez elle. En plus, son mari est l’ami du maire, ils connaissent tout le monde ici.

- Et si on déménageait? propose Tamara.

- Tais toi et termine ta tartine, on va ĂȘtre en retard pour l’école grogne papa.


  Tamara voit bien que ses parents sont trĂšs embĂȘtĂ©s. Elle y pense toute la journĂ©e Ă  l’école. Elle se demande comment elle va pouvoir les aider car aprĂšs tout, c’est un peu de sa faute tout cela.

- Maman! Papa! J’ai une idĂ©e pour la baguette magique. Je sais ce qu’on va faire. Je vais l’envoyer Ă  une petite fille qui habite trĂšs loin et qui est trĂšs pauvre. C’est la maĂźtresse qui nous a expliquĂ© qu’aujourd’hui, c’était la journĂ©e mondiale contre la faim dans le monde. Alors, j’ai dĂ©cidĂ© que j’allais envoyĂ© ma baguette magique Ă  une autre fille comme moi et comme ça, elle aura toujours du pain. Mais, j’y pense, maman, tu as une enveloppe assez grande pour mettre ma baguette?

Finalement, Tamara a pu envoyer sa baguette dans une trùs grande boüte. Et aprùs quelques semaines, voici la lettre qu’elle a reçue:

ChĂšre Tamara, Je m’appelle Oumi et j’ai 8 ans. J’habite au Mali et j’ai eu ton colis. Depuis que tu nous as envoyĂ© ta belle baguette de pain, notre vie a changĂ©. Maintenant, nous mangeons tous les jours avec ma maman et mes deux frĂšres et nous avons tous repris des forces. Quand nous allons Ă  l’école, nous en emportons. Nous en donnons Ă  nos amis et Ă  la maĂźtresse aussi. Tout le village peut manger du pain autant qu’il veut et maintenant, plus personne ne souffre de la faim.